Veganisme & handicap : Pourquoi je préfère le terme « handi vegan »

Le mois de janvier touchant à sa fin, et avec lui le Veganuary, je me suis dit que c’était l’occasion de parler de mon expérience en tant que personne vegan et handicapée. Et également l’occasion de rappeler deux ou trois petites choses, comme par exemple le fait que tout le monde ne peut pas être vegan, ni même végétarien. En tout cas, pas 100% du temps 7 j/7 et que c’est ok. Non, si vous n’avez pas réussi à aller au bout du Veganuary, vous n’êtes pas des « looseurs », comme j’ai pu le lire ces dernières semaines sur Instagram. Le Veganuary est une porte d’entrée, il est là pour encourager plus de monde à avoir un mode de vie vegan, pas pour culpabiliser.

Mais la culpabilisation individuelle est malheureusement souvent une des activités préférées de la communauté vegan mainstream. Et c’est une des raisons pour lesquelles je préfère utiliser le terme « handi vegan » pour décrire mon veganisme. Car même si le veganisme en lui-même n’est pas validiste, beaucoup de personnes vegans le sont et la communauté vegan (comme toutes les communautés) a un problème de validisme. Et de racisme et de classisme, mais j’y reviendrai en détail un peu plus tard.

J’ai commencé par être végétarienne en 2017. J’étais même déjà quasiment végétalienne à l’époque, car les produits laitiers n’ont jamais été une grande passion. Le fromage ne m’a jamais vraiment « manqué ». Et je suis progressivement devenue vegan au fil du temps. Je pense que je suis réellement activement vegan depuis 2022. Et il y a plusieurs raisons à ce laps de temps assez large, la majorité étant sociales. Mais plus j’avançais vers le veganisme, plus je me politisais, moins je me reconnaissais dans cette communauté vegan blanche bourgeoise valide, aux recettes soi-disant « faciles » pas faciles du tout, avec beaucoup trop d’étapes d’ingrédients et de matériel nécessaire. Qui prennent beaucoup trop de temps et d’énergie.

Un des exemples que je prends souvent pour illustrer mon handi-végétalisme, ce sont mes chaussures orthopédiques, qui sont en cuir. Mais qui sont essentielles à mon bien-être et à ma qualité de vie. Pour éviter la déformation de mes pieds et de nouvelles douleurs, voire même de nouvelles chirurgies. Et j’ai déjà subi bien assez d’opérations dans mon enfance et mon adolescence qui ont amené avec elles leur lot de traumas. Si ces chaussures peuvent m’éviter de revoir l’intérieur d’un bloc opératoire et de subir une nouvelle anesthésie générale, avec tous les risques que cela comporte, alors je choisirai toujours ces chaussures. Et si elles existent en cuir vegan, elles ne sont certainement pas prises en charge par la sécu, et donc inaccessibles financièrement.

Evidement le manque d’accessibilité de l’espace public joue aussi un role dans mon handi veganisme. Si je ne suis pas chez moi, si je voyage, si je suis dans un petit village dans le finistère ou juste dans un nouvel endroit de ma ville où je n’ai pas l’habitude d’aller et qu’il n’y a que une option végétarienne, eh bien je prendrai l’option végé. Et c’est ok. L’espace public est déjà si peu pensé pour les personnes en fauteuil, si en plus je devais vérifé à chaque fois que je vais quelque part qu’il y a bien des options vegan, ma vie sociale serait encore plus limitée et je serais encore plus isolé.e.

Et encore je parle d’un endroit très privilégié. J’habite dans une grande ville (Rennes), une ville relativement accessible aux personnes à mobilité réduite avec plusieurs lieux accessibles qui proposent de la nourriture vegan, et avec de nombreux magasins qui vendent des produits vegans. Plusieurs de mes amie.es sont également vegans, et ça aussi ça aide, car le veganisme c’est aussi quelque chose de social. J’ai aussi récement enfin obtenu la PCH aide humaine. Le financement pour rémunérer un auxiliaire de vie qui peut couper les légumes pour mes repas.

Mais qu’en est-il des personnes handicapées qui n’ont pas accès à tout ça ? Des personnes autistes pour qui leurs safe food sont la viande et le fromage. Des personnes qui ont des TCA et pour qui s’alimenter est un combat quotidien. Des personnes qui sont en dépression, ont un TDAH ou autre et qui n’arrivent pas à sortir de leurs lits. Comment se nourrir quand on n’arrive déjà pas à sortir de son lit ? Et il y a aussi tous ces traitements et médicaments qui sont testés sur les animaux. Des traitements souvent vitaux. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux prendre ces traitements pour rester en vie et faire ce qu’on peut pour lutter contre l’exploitation animale ? Comment va-t-on aider les animaux si on est six pieds sous terre ?

Mon handi veganisme c’est ça : faire ce qu’on peut. Faire de son mieux. Ce n’est pas parfait mais c’est déjà bien plus que la majorité des personnes privilégiés qui pourraient être vegans mais qui préfèrent rester dans leurs confort, habitudes et traditions. Et cette definition imparfaite est bien plus proche de la definition de base du veganisme. La perfection c’est un truc de droite si vous voulez mon avis. Et comme tous les mouvements repris par le capitalisme, le veganisme est de plus en plus dépolitisé et a perdu de sa nuance. Beaucoup de personnes aujourd’hui sont vegans sans vraiment avoir une conscience anti spéciste et militante qui inclus le veganisme dans la lutte contre un systeme oppressif global.

Et j’ai moi-même encore beaucoup à apprendre sur l’antispécisme. Mais mon véganisme est aujourd’hui dans la continuité de mon militantisme. C’est une manière de lutter à mon échelle contre les systèmes d’oppressions qui nous écrasent toutes. Animaux humains comme non-humains. Préférer les animaux non-humains aux animaux humains et le crier haut et fort ne fait pas de vous une bonne personne. Cela montre surtout votre manque d’empathie et vos relents racistes, sexistes, eugénistes et j’en passe.

Car oui le veganisme n’est pas un truc de blanc. Les personnes racisées ne nous ont pas attendu pour être vegans ou végétariennes. La colonisation a apportée la viande pas le veganisme. Encore une fois les personnes blanches n’ont rien inventées. Elles se sont surtout réapropriés des recettes, des produits, et ont comme a leur habitude pris tout la place. Peut être que ça vous dérange de lire ça mais c’est un fait. Je vous invite à décoloniser votre esprit en commancant par aller lire cet article du bondy blog, ou en allant suivre des comptes instagram comme celui de @HealthyAlie qui fait du bien dans ce milieu vegan francophone beaucoup trop pauvre en mélanine.

Et une dernière chose : je n’ai pas le monopole du terme « handi vegan ». C’est juste un terme que j’utilise pour décrire mon expérience. Que j’ai certainement inconsciemment emprunté à l’anglais, car c’est beaucoup plus courant de voir des personnes outre-Manche et outre-Atlantique se décrire comme « disabled vegan ». Mais si d’autres personnes handi se retrouvent dans ce terme et veulent l’utiliser, elles peuvent évidemment le faire. Au contraire, si ça peut aider à visibiliser nos vécus, c’est une bonne chose. Faites-en un hashtag, faites-en ce que vous voulez. Et si vous en faites un hashtag, partagez des recettes vraiment faciles svp.

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Une réponse à « Veganisme & handicap : Pourquoi je préfère le terme « handi vegan » »

  1. Avatar de Mazdyn Créa
    Mazdyn Créa

    Au départ, c’est vrai à part le côté peut-être financier ou géographique je pensais que tout le monde pouvait devenir vegan (hormis TCA), puis j’ai appris que non il y a des maladies, les allergies alimentaires (je ne savais pas qu’il y en avait tant). Et ben, c’est ok, c’est un peu le même principe qui ado qui vivent avec leurs parents c’est pas toujours facile de changer son alimentation et c’est ok.

    Je trouve ça important de le rappeler, parce qu’au fond, le plus important c’est faire de son mieux. Je connais une personne qui ne peut pas vraiment végétaliser son alimentation, alors elle m’a dit qu’elle faisait attention ailleurs (maquillage, vêtement, …). Je trouve que déjà ça, c’est super, on n’est pas parfait, personne ne l’est. Et toute façon même la personne qui se croit meilleur vegan, ne l’ai pas en réalité car il y a plein de trucs dans la société qui font qu’à leur actuel, on ne peut faire que de son mieux et tendre vers.

    C’est comme les personnes qui n’ont pas les moyens et qui vont au resto du cœur, banque alimentaire, il mange ce qu’il y a. Dans un sens, il y a le côté le veganisme c’est pour les riches, alors que non. Mais dans un autre sens t’as les prix de tout qui n’arrête pas d’augmenter donc défois difficile de faire autrement;

    Et si on arrêtait de juger et qu’on se soutenait ?

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